Alexandre Pasteur: « Faire de ma passion mon métier »

By | 01/02/2015

A la veille de l’ouverture des championnats du monde de ski alpin à Vail Beaver Creek aux Etats-Unis, nous vous proposons de faire connaissance avec le commentateur des épreuves de ski alpin chez Eurosport : Alexandre Pasteur.

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Tous les passionnés de ski qui regardent les courses sur Eurosport connaissent votre voix. Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

J’ai 44 ans, chez Eurosport depuis novembre 1995, donc ça fera bientôt 20 ans ! Je suis arrivé chez Eurosport pour commenter le ski alpin : après l’école de journalisme j’ai fait quelques stages et des CDD en presse écrite régionale puis un copain de promotion, avec qui j’étais à l’école, m’appelle un jour en me disant qu’Eurosport cherche un commentateur ski, puisque Christophe Josse qui commentait à l’époque partait chez Canal +. Comme à l’école je leur parlais (très) souvent du ski, il m’a poussé pour tenter ma chance. Bruno Poulain, le rédacteur en chef d’Eurosport France de l’époque m’a reçu pour faire un casting avec une vingtaine d’autres candidats.

Je suis arrivé à l’époque chez Eurosport pour commenter le ski, ensuite au fil des années je me suis diversifié ; aujourd’hui je commente l’athlétisme, le Tour de France depuis 4 ans et d’autres courses de vélo.

Et donc ça fait 20 ans que ça dure ! Mais j’ai pas vu le temps passer parce que les années sont bien rythmées.

En 20 ans vous avez du voir quelques courses, quel est votre plus beau souvenir en temps que commentateur du ski alpin ?

En ski alpin il y en a eu pas mal, mais sentimentalement le moment le plus fort c’est la victoire de Julien Lizeroux à Kitzbhuel à la fin du mois de janvier 2009. C’était sa première victoire, c’est quelqu’un avec qui j’ai de bonnes relations, j’ai suivi sa carrière depuis le début, en plus il a eu pas mal de pépins et du coup le voir gagner à Kitzbhuel sa première course c’était quelque chose de vraiment très très fort. D’ailleurs je me repasse la course de temps temps parce que c’est des moments assez magiques. En plus ce jour là Jean-Baptiste Grange termine deuxième.
Ce n’est pas des Championnats du monde ni des Jeux Olympiques mais c’est Kitzbhuel, avec le mythe qu’il y a autour !!

 

Comment est ce que vous en êtes arrivé à commenter le ski alpin ?

Je viens de la montagne, du Jura, d’une famille de passionnés de ski avec un grand-père et un père dirigeants dans le ski, plutôt ski nordique, parce que dans le Jura on est plutôt ski nordique mais j’ai toujours baigné dans ce milieu de la neige et de la compétition. Mais si je m’intéresse à pas mal de sports, le ski à toujours tenu une place importante, je regarde les courses depuis tout petit, je ski aussi depuis tout petit, … Bref, je suis passionné par le ski et depuis tout petit je veux faire de ma passion mon métier !!

 

Vous avez des consultants pour commenter à vos côtés, comment se passe votre relation avec eux ?

C’est simple, on a le choix des consultants parce qu’on est les seuls à diffuser du ski sur Eurosport, donc en général c’est les skieurs qui nous demandent s’ils peuvent venir commenter,  c’est une chance ! Parce que dans d’autres disciplines où il y a beaucoup de diffuseurs, c’est plus dur de s’arracher les bons consultants.
J’ai toujours choisi les gens avec qui je voulais travailler, Franck Picard pour commencer puis cette année je fais équipe avec Jean-Pierre Vidal, Gauthier de Tessieres et Pierre-Emmanuel Dalcin.

Le choix des consultants se fait aussi en fonction de la capacité à s’exprimer, la façon de faire passer des messages, la façon de décortiquer le ski qui est assez technique et difficile d’accès.

Les liens à l’antenne se font facilement puisque c’est des gens que je connais depuis longtemps, j’ai accompagné leur carrière : eux sur la piste et moi au micro donc les liens sont faits depuis longtemps. On est pote donc c’est facile, il n’y a pas besoin de créer une complicité artificielle parce que cette complicité existe déjà.

 

Ca ne doit pas être évident de commenter les courses depuis Paris ?

Le début de saison se fait depuis Paris, puis en règle générale les grandes classiques (Wengen, Kitzbhuel), les étapes françaises, plus le grand rendez-vous de février (championnat du monde ou jeux olympiques) se font sur place. Le reste de la saison se commente depuis Paris parce les déplacements coûtent extrêmement chers, il faut payer le voyage, l’hébergement, les liaisons satellites, la cabine, … Donc on cible nos courses.

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C’est quoi une journée type lorsque vous commentez les courses depuis Paris ? Vous révisez vos fiches ?

Je ne fonctionne plus avec des fiches mais j’en ai eu à mes débuts pendant une dizaine d’années, puis j’ai laissé tomber parce qu’il y a des sites maintenant qui fournissent des statistiques. J’imprime une page avec tous les résultats de la saison en cours, athlète par athlète, en fonction du classement de la coupe du monde de la discipline ; ça me suffit amplement pour me rappeler des résultats et être opérationnel pour la course. Le reste, c’est beaucoup de mémoire : en 20 ans j’ai accumulé pas mal de données, les sites de compétition reviennent aussi d’une année sur l’autre du coup j’ai mes repères, mes références : mais ça demande un petit travail de rafraichissement rafraîchissement que je fais avant chaque course !

Du coup j’arrive en général 2 heures avant la course, parfois j’interviens sur le plateau de l’émission Hors Piste. Mais il y a un gros travail de préparation en amont de la course : je me cale avec le présentateur, avec les consultants qui sont en plateau pour voir les thèmes que l’on va aborder dans le lancement de la course : « on va parler de ci on va parler de ça, tiens Pinturault fête son 100 ème départ en coupe du monde » du coup on va faire un focus sur Pinturault, rechercher des images de lui, …

Il y a tout ce travail qui est fait le matin avant d’aller en cabine commentateurs. Il y a un gros travail d’équipe et d’échange avec le présentateur avec les gens en plateau.

Commenter ce n’est pas « j’arrive, je me pose en cabine, puis je rentre chez moi » Il y a un vrai travail avant et après avec les équipes et un débrief de ce qu’il s’est passé.

 

Vous avez des modèles dans la façon de commenter ?

Oui ! C’est des modèles qui ne sont pas très connus, mais comme je viens du Jura, tout près de la frontière Suisse j’adorais un commentateur qui est décédé maintenant et qui commentait le ski nordique à la Télévision Suisse Romande qui s’appelais Boris Acquadro. C’était quelqu’un que j’admirais énormément et que j’ai eu l’occasion de rencontrer il y a quelques années. C’était quelqu’un qui avait de la chaleur dans son commentaire, de l’enthousiasme, de l’info, de la pertinence. C’était vraiment mon modèle !!

Il faut vraiment être frontalier pour le connaître, mais à Pontarlier, on captait la Télévision Suisse Romande et j’adorais ce Monsieur, il me fascinait !

 

Et vous essayez de vous en inspirer dans vos commentaires ?

Peut-être plus maintenant parce que je pense avoir créé mon petit style aussi mais quand j’étais jeune avant de rentrer dans la profession je me disais « j’aimerais ressembler à Boris Acquadro un jour » !

 

Eurosport n’était pas diffuseur des Jeux Olympiques de Sotchi, par contre vous avez réalisé Hors Piste dans plusieurs stations …

On a délocalisé Hors Piste pendant les JO dans 6 stations différentes. C’était important d’aller à la rencontre de notre public puis pour montrer aussi que nous existions pendant les Jeux Olympiques même si nous n’avions pas les droits du direct. On avait tout de même tous les soirs une émission d’une heure avec 15 minutes d’images où on essayait d’être assez complets sur la couverture des compétitions.

Ca s’est très bien passé, les retours étaient très bons. En terme d’audience, c’était tard le soir, on ne pouvait pas diffuser d’images des Jeux Olympiques avant 22h30 donc c’était un peu dur d’exister mais humainement c’était une superbe expérience !

 

Dans le spot d’anticipation d’Eurosport pour 2015, on vous entend dire « Pinturault Champion du monde », vous y croyez ?

Sur ce spot, on anticipe sur les événements 2015 que la chaine va diffuser et on essaye d’imaginer ce qu’il va se passer, quitte à imaginer des scenarii complétement délirants … Dans ce spot je dis que Bolt va battre le record du monde en 8’99, que Tony Gallopin gagne le Tour de France, donc ça c’est pas très réaliste et que Pinturault est Champion du Monde, ça par contre c’est probable !

Je le sens bien, surtout en Géant, qui est sa meilleure discipline, il y a le combiné, le Super G où il a terminé 3ème en début de saison sur la même piste que pour les mondiaux, le slalom aussi, même si c’est plus difficile. Sur 4 disciplines il doit quand même remporter une médaille d’or !

J’espère ! On a besoin de ça … Puis sentimentalement ce sont des gens dont on est assez proche en tant que diffuseur unique. On a des relations privilégiées avec le milieu de la neige et avec les équipes de France de ski. On est toujours un petit peu chauvin, c’est sur !

EUROSPORT 2 FRANCE – ANNUAL CLIP 2015 – 120 SEC. from EUROSPORT – STARTEAM on Vimeo.

Justement, dans votre manière de commenter vous aimez privilégier les français ?

Oui parce qu’on s’intéresse à un public français de toute manière mais pas que …  parce qu’on a à faire à un public de connaisseurs. Les gens qui nous écoutent sont des gens de la montagne, les moniteurs, les gens des stations. Il y a une partie grand public mais on a aussi une partie de gens qui sont très initiés donc on s’intéresse à tous les skieurs.

Je suis capable de m’emballer pour une victoire de Ted Ligety parce que c’est un génie du ski.

L’ensemble des commentateurs des sports d’hiver essaie d’être assez objectif, on est là aussi pour admirer la dimension technique, physique de chaque skieur. Derrière chaque victoire, derrière chaque skieur il y a des histoires à raconter, on essaie de le faire.

On est un peu chauvins mais pas exclusifs Franco-français !

 

Merci à Eurosport et Alexandre Pasteur pour leur disponibilité !

 

  1. Relisez l’interwiew de Nathalie Péchalat, consultante patinage pour la chaine
  2. Relisez l’interwiew de Jean-Pierre Vidal, consultant Eurosport.
  3. Lire l’interview de François Schlotterer, le Monsieur biathlon de la chaîne
  4. Lisez l’interview de Sandrine Bailly, consultante biathlon pour Eurosport

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